Des enfants gâtés bien lotis

«Les conditions de retraite dans le privé sont bien plus dures, les fonctionnaires sont encore bien lotis. Tout le monde est en primauté de cotisation et ne s’en porte pas plus mal, pourquoi pas nous? Pourquoi se battre pour la caisse de pension, alors qu’on pourrait faire un effort supplémentaire?»

Le débat sur la caisse de prévoyance de l’État de Genève (CPEG) fait ressortir de vieilles antiennes. Souvent, les comparaisons fusent avec le privé. Comme si la réalité dans le privé ou le public était monolithique! Par exemple, s’il est vrai que les caisses en primauté de prestations sont la minorité, certains employeurs la maintiennent, même dans le privé. Ce système de gestion reste donc possible. Autre exemple, on pense que la cotisation est payée à parts égales entre employeurs et employés dans le privé; on est loin de la réalité! Certains employeurs privés payent tout le deuxième pilier, comme un avantage pour attirer des talents. La part payée par l’employé est en moyenne suisse de 40%. Le nouveau projet de loi du Conseil d’État pour la CPEG l’établit à 48%, constituant une augmentation de la cotisation et donc une baisse du salaire net. La volonté du politique est de nous faire passer à la primauté de cotisation; ce serait une dégradation des conditions de rentes, notamment parce que dans un tel système, les risques boursiers sont supportés par les employés. Ce changement de système n’est cependant pas la pire solution, s’il est assorti de conditions permettant de compenser au moins en partie les dégradations. Plusieurs projets de lois ont été déposés, qui sont autant de pistes de travail différentes pour assurer l’avenir de notre caisse. L’un propose une capitalisation partielle pour se donner du temps pour réaliser le projet de cession des terrains des Vernets à la CPEG pour créer des logements dont le rendement profiterait à la caisse. Une initiative en ce sens a presque abouti; elle est appuyée par un projet de loi en cours de consultation. L’autre envisage de capitaliser la CPEG à hauteur de cinq milliards, avec comme contrepartie le passage à la primauté de cotisation. Dans ce projet, et contrairement à ce que laisse entendre le Conseil d’État, l’État ne donne rien parce qu’il se remboursera en quarante ans en se désengageant de sa garantie grâce au passage à la primauté de cotisation et à l’augmentation de la cotisation; au final, ce sont les fonctionnaires qui payeront la facture, alors qu’ils ont déjà fait des efforts par le passé pour assurer la pérennité du système. Le dossier est complexe et la commission des finances, le comité de la caisse et le Cartel font appel à des experts différents pour avoir des éclairages complémentaires. Depuis plus d’une année, le Cartel se démène pour que débat ait lieu et que l’État ne se précipite pas sur des solutions onéreuses pour les employés. Il y a une échéance en juin prochain, le calendrier est serré et nos délégués travaillent dur et vite pour suivre les débats. Nous devons continuer à défendre nos rentes pour des revenus dignes à la retraite. Nous devons le faire aussi pour que l’État paye le passage éventuel d’un système à l’autre. En effet, les personnes proches de la retraite, qui ont beaucoup donné au système, ne doivent pas perdre encore de l’argent sur leurs revenus futurs. 

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