J’ai mal à mon école

Lors de notre dernière Assemblée des délégué-e-s, onze établissements ont signalé des difficultés majeures dans des classes. Des élèves qui démontent tout, sans que les aides idoines viennent au secours des collègues concernés. Un constat inquiétant qui sonne comme un appel à l’aide. 

Ce sont des élèves avec des troubles du comportement. Ils sont en classe ordinaire au nom de l’école inclusive, parce que les parents n’ont pas signalé les problèmes à l’inscription ou par manque de places dans les structures spécialisées. Le problème est aigu pour les collègues du cycle élémentaire qui doivent orienter ces élèves en enseignement spécialisé lorsque cela se justifie. En attendant une solution adaptée pour ces élèves, les collègues trinquent!

Ces situations débordent tout le monde, l’enseignant, le directeur, la permanence de l’Office médico-pédagogique, les parents, etc. Les solutions du département sont parfois des pis-aller: des civilistes, intéressés par le monde scolaire, mais sans formation; ou des remplaçants peu formés avec une éventuelle expérience de tenue de classe. Une solution semble sortir du lot, ce sont les équipes pluridisciplinaires. Elles visent à aider les enseignants au sein même de l’école. Mais ces équipes nécessitent un travail de coordination et d’intégration de nouvelles compétences au coeur de l’action éducative. Changement de fonctionnement dans les écoles? L’avenir nous le dira, en tout cas c’est une réponse à ces problématiques, même si elle demande du travail à l’équipe enseignante. Ces situations semblent se multiplier selon l’avis de certains. À voir! Il faudrait produire des chiffres pour mesurer l’ampleur du phénomène. D’aucuns expliquent cette problématique par l’utilisation excessive d’écrans chez ces jeunes, d’autres par la pollution de l’air et de l’eau que nous consommons; une étude récente de l’université affirme que la précarité dans les premières années marque les enfants à vie du point de vue de leurs compétences en général.

Tout cela entre en ligne de compte; au-delà des explications, il faut réfléchir à ce que l’école genevoise peut faire pour lutter contre ce problème: prévention contre la surconsommation d’écrans ou la malbouffe? Temps d’enseignement particuliers pour compléter les apports de la famille en regard des attentes de l’école, comme les coups de pouce lecture par exemple? Autant de pistes intéressantes. Mais l’école doit avoir les moyens de la politique voulue par le parlement! L’école inclusive ne doit pas se faire sur le dos des enseignants. Les postes supprimés dans les années 90 se payent cash aujourd’hui, le rapport du SER sur la santé des enseignants en fait la démonstration. Il faudrait aussi tabler sur un développement du soutien plutôt que du contrôle. Les enseignants sont encore plus en difficulté, lorsqu’ils sont isolés face aux problématiques lourdes qu’ils rencontrent en classe. L’école est trop importante pour être négligée, les moyens doivent suivre.

L’école est composée essentiellement par ses acteurs, ils doivent pouvoir avancer les uns avec les autres dans la confiance et la solidarité. L’idée de faire des assises de l’enseignement avec toutes les personnes concernées au Département de l’instruction publique est dans l’air. Pourquoi pas, pourvu qu’on aboutisse à des solutions concrètes… •

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