Où est Charlie?

La plupart d’entre nous se sont sans doute divertis avec ces livres-jeux britanniques créés par Martin Handford dans lesquels le lecteur doit retrouver un personnage vêtu d’un bonnet et pull rayés rouge et blanc, Charlie, à l’intérieur d’une image. J'avoue qu’après quelques jours de cours et des discussions animées avec mes collègues valaisans, je me demande si nous ne jouons pas quelques fois à retrouver Charlie au sein de certaines classes! 

L’hétérogénéité des classes semble de plus en plus marquée au fil des rentrées. Les enseignants s’inquiètent de la difficulté de gérer un nombre important et très varié de problématiques. Il semblerait bien que certains se retrouvent un peu dans la peau du lecteur qui s’évertue à retrouver Charlie. Les cas de dysorthographie, dyscalculie ou encore dysphasie, rarement dépistés il y a quelques années, deviennent légion! Rares sont les groupes-classes au sein desquels nous ne retrouvons pas plusieurs de ces désavantages. Consciencieux et convaincus que tous doivent réussir, les enseignants adaptent au mieux leurs cours, ainsi que leurs évaluations. Imaginez, une première heure de cours: trois élèves demandant ce genre d’ajustement, un élève HP avec des troubles de l’attention, un autre confronté à un handicap physique; deuxième période: une distribution quasi identique mais ajoutez à cela des problèmes de discipline et des élèves ne respectant pas les règles scolaires; la troisième période: un moment d’accalmie... seul un élève ayant des difficultés légères au niveau de la lecture; quatrième période: le lot habituel de difficultés et ajoutez à cela un TSA...

 Les heures de cours défilent avec les mêmes obstacles, petits ou grands. À la fin de la journée, l’enseignant aura rencontré près d’une vingtaine d’élèves éprouvant des difficultés, manifestant des troubles divers ou confrontés à des difficultés scolaires. Cet exemple est certes fictif, mais il décrit le quotidien de certains collègues. Nous sommes parfois tellement focalisés sur ce travail d’adaptation que nous oublions que d’autres élèves attendent que nous leur offrions un enseignement varié et de qualité.

Ces élèves sont un peu des Charlie. Nous savons qu’ils sont présents, nous voulons leur octroyer autant d'attention qu’à ceux qui éprouvent des difficultés, mais nous n’avons tout simplement certains jours plus le temps ou l’énergie de le faire! Comparer nos classes et les élèves au cursus traditionnel à un tableau où il faut retrouver un personnage au milieu d’une centaine d’autres est assurément exagéré. Cependant les enseignants doivent gérer de plus en plus de cas particuliers et compliqués. Il devient difficile de s’y retrouver et donc inévitable d’être parfois submergé par un nombre incalculable d’adaptations et de problèmes de gestion de classes.

Nous n’avons pas perdu les Charlie de vue et chaque jour nous nous efforçons de faire au mieux avec les aides et outils que nous disposons. Idéalement, il faudrait biffer les obstacles structurels et faire tomber les barrières, mais cela n’est pas encore la réalité à laquelle sont confrontés les enseignants. Pour que ceux-ci soient suffisamment armés pour poursuivre leur travail dans de bonnes conditions, il est important d’apporter des améliorations, et pas uniquement aux outils à dispositions mais aussi aux conditions de travail. Les enseignant-e-s spécialisé-e-s doivent avoir du temps et pouvoir adapter l’aide qu’ils apportent en fonction des besoins. Enfin, il est peut-être temps, considérant les tâches toujours plus nombreuses et difficiles, de réfléchir sérieusement à réduire le temps en présence des élèves, cela afin d’offrir un enseignement de qualité pour tous.

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